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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 17:00

  Marcel Conche
    Pyrrhon ou l'apparence

Marcel Conche nous livre dans cet ouvrage passionant son interprétation du Pyrrhonisme.

Pyrrhon d'Elis était un philosophe sceptique du IVe siècle avant Jesus Christ qui participa aux expéditions d'Alexandre le Grand en Inde. C'est au cours de ces voyages que le philosophe grec rencontra les "gymnosophistes" (yogis hindous) qui eurent une influence considérable sur sa pensée, notamment à travers leur pratique de la méditation. Il connaîtra là bas une révélation sur "l'irréalité de tout ce qui semble réel".

La philosophie de Pyrrhon est fondée sur le refus du principe de contradiction (dire que tel arbre est vert équivaut à dire qu'il est blanc) ou le "ou mallon" (pas plus ainsi que non ainsi). Pyrrhon remet ainsi en question l'idée d'être et de tout ce qui est, annihilant par là même la différence entre être et apparence, principes fondamentaux pour Aristote, mais également les vérités du discours.

Pour illustrer ses théories, Pyrrhon discourait avec une ironie perpétuelle, déambulant accompagné de ses disciples chargés de lui faire éviter les obstacles (ravins, fosses, arbres), qu'il "niait". L'ironie constante à l'égard de son propre discours créait un paradoxe, démonstration de la vérité (les mots disent le néant de ce qu'ils disent). Selon Conche, l'ironie pyrrhonienne opère un renversement : l'être ne peut jamais que sembler être, et le discours sur l'être n'est jamais qu'un semblant de discours. Elle opère le dépouillement de l'homme et remet en question le langage même, celui ci creuse et dédouble l'apparence, celle ci devenant "apparence de" et "apparence pour" et cessant d'être l'apparence absolue, vérité de Pyrrhon.

Le pyrhonnisme est en effet cette découverte que non dans le savoir mais dans le non-savoir réside le véritable accord avec la nature des choses...

La pensée de Pyrrhon est entièrement subordonnée à l'éthique puisque son but est d'atteindre "l'ataraxie", l'absence de trouble ou disposition d'incompréhension générale, révélation sensée apporter le bonheur (puisque rien n'est plutôt ceci que cela, rien non plus ne peut nous troubler). Elle nie les notions de bien et de mal, qui renvoient à l'être, comme elle nie la notion de substance.

Marcel Conche resitue la pensée de Pyrrhon dans l'Histoire, énumère les diverses interprétations du pyrrhonisme, ses influences (de Démocrite, sur Epicure, Sextus), ainsi que les arguments de ses opposants. Il l'envisage comme une philosophie du non-jugement qui s'en tient à l'autodévoilement de l'apparence et pour qui le fond de toute chose est l'arbitraire pur, une métaphysique de l'apparence donc, envisagée comme profonde, pure, et universelle.

Cet essai est passionnant pour découvrir le pyrhonnisme mais il peut également être abordé à travers les "esquisses pyrhoniennes" de Sextus Empiricus.

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Published by Cyril - dans Philosophie
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